Il y a toujours un bout.
03 mars 2006

30. La coiffeuse de l’Idaho #1.

 30.1 Le rendez-vous de neuf heures. J’avais juré que nous partirions très tôt. C’était du sérieux : parcourir 500 miles dans la journée dans notre premier vrai désert du voyage, et un final à travers la montagne, les premiers contreforts de la Coast Range, la deuxième ligne de fortifications avant l’océan. Là-bas, juste derrière les premiers cols, nous attendaient nos cousins d’Amérique, il ne faudrait pas débarquer en pleine nuit comme, fatigués d’attendre, ils se sont juste couchés. Tout le monde a des... [Lire la suite]
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07 mars 2006

30. La coiffeuse de l'Idaho #2.

30.2    Rose Murphy. Nous étions l’avant-veille du grand départ et la question devait être réglée avant que la porte du pavillon soit fermée pour longtemps. On devrait m’inscrire au Guinness des records. Prendre rendez-vous chez un coiffeur à 10 000 km d’ici je ne suis plus à 1 000 km près, une heure avant l’heure réglementaire de l’ouverture, pour coiffer quelqu’un qui n’est même pas du quartier en deux fois moins de temps que requiert la pratique des potins indispensables à un travail bien fait est une performance... [Lire la suite]
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14 mars 2006

31. Les actrices #1.

  31.1 – No return. Il ne faudrait pas s’imaginer qu’une route droite sur une plaine uniforme ressemble à une route droite sur une plaine uniforme. Celle où nous roulons maintenant est nouvelle, en cela que nous y roulons pour la première fois, et que nous savons pertinemment que c’est aussi la dernière fois que nous y roulons. Pourquoi devrions repasser par ici un autre jour de notre vie, je vous le demande.   En quittant Boise, nous avions suivi la nationale qui longeait la rivière Malheur. Tout arrive,... [Lire la suite]
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27 mars 2006

31. Les actrices #2.

  31.2 – L’ennui. La route droite nous montre inlassablement l’horizon. A la réflexion, il m’arrive parfois de réfléchir dans l’hébétude des routes droites et des vitesses limitées, je me dis n’avoir encore jamais vu de route aussi droite et aussi plate aussi longtemps depuis le départ de Chicago, et il y en eut pourtant des rectitudes et des platitudes. Cette platitude-ci est parsemée de petits buissons qui rouleraient s’il y avait du vent et de lacs secs scintillants de sel. Loin là-bas, une forêt d’antennes... [Lire la suite]
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31 mars 2006

31. Les actrices #3.

  31.3 – Carreaux Vichy. La grosse moto était une Harley-Davidson vraie de vraie, on m’a dit récemment qu’on les fabrique à Milwaukee, Wisconsin, et le voisin était probablement le premier client de la journée. Nous n’avions croisé personne depuis le matin, depuis que nous avions bifurqué vers le sud en laissant le Malheur derrière nous. Il aurait dû être le seul et nous voici avec notre catxcat rouge. Il y a longtemps qu’il n’avait pas eu autant de monde d’un coup, Visage Mangé. C’était lui le patron. Cheveux longs... [Lire la suite]
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07 avril 2006

32. Vol de nuit.

  Comment peut-on habiter Ashland ? Terre et Cendre. Comment peut-on abandonner Paris, France, à vingt ans, pour acheter sans un dollar en poche un garage à Terre et Cendre ? Au bout du bout du monde. Epouser une belle américaine du fond de l’Oklahoma et vivre ensemble trente années, quarante années, et plus si affinités, à Terre et Cendre ? Mes cousins m’étonneront toujours. Ils ont tous eu des vies d’acrobates, ma ribambelle de cousins, et moi le popote de service je les regarde éberlué et jaloux. Ils sont... [Lire la suite]
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24 avril 2006

33. Terre et Cendre.

Terre et Cendre, trois jours d’arrêt. Trois jours sans conduire. Pendant trois jours, je ne conduis plus et je vais au théâtre. Silence, on souffle, on reprends son souffle : nous n’avions pas seulement rendez-vous avec le fils du frère de ma mère, ici, nous avions aussi rendez-vous avec Shakespeare. Il nous attend, en personne, dans son Globe Theater comme il n’y en a qu’en Amérique qu’on peut le trouver. Comme il vous plaira. Nous les avions réveillés, les cousins. Sous l’éclairage parcimonieux et... [Lire la suite]
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28 avril 2006

34. Ô lac.

  Je n’avais plus à conduire de trois jours. Je pouvais librement laisser s’émollier la raideur, et ne plus penser pendant ces heures propices. Suspendre mon cours, tel un Lamartine du bout du monde pour ainsi dire. Pour ne pas mieux dire en vérité, car de Lac et de Littérature la journée va être remplie à un point que vous n’imaginez pas.   Nous finirons par Shakespeare qui attend derrière le rideau. Il a montré le bout de son nez dans mon histoire, il va venir lui-même nous charmer. Mais avant le... [Lire la suite]
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03 mai 2006

35. William S.

  La foule des grands soirs se presse sur la place en pente. C’est grand soir ici tous les soirs. Ils ne font jamais les choses à moitié, alors c’est grand soir tous les soirs sauf peut-être à Thanksgiving, je n’y était pas pour Thanksgiving alors je ne saurais être formel et d’ailleurs je ne sais pas ce qu’est Thanksgiving, je sais qu’il y est question de dinde bouillie immangeable mais qu’ils mangent. C’est la preuve qu’ils ne font jamais les choses à moitié, détruire un pays, saccager le monde, manger de la dinde ... [Lire la suite]
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15 mai 2006

‎36. La langue anglaise.‎

Nous étions couverts, les cousins nous avaient prévenus. Nous avions même de petits coussins pour compenser les bancs d’époque eux aussi. J’avais bien révisé ma leçon et lu attentivement les soirs de motels de quoi il retournait en version française. Une histoire de complot d’un frère contre son frère, d’exil, de renégat, de belles héroïnes aimantes et pourchassées, de beau-frère louche, enfin voilà ce qui m’en reste aujourd’hui, sur fond de chansons et de poèmes décalés et hors de propos sans l’être vraiment, chacun... [Lire la suite]
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