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Body and soul, nous sommes réunis. Body certes, mais soul ? A moins de traduire soul par esprit je ne me sens peu enclin à me prétendre âme. L’âme damnée cherche toujours à se faire remarquer. Mais il m’est difficile aussi d’employer d’autres mots que body and soul, je risquerais de fâcher l’esprit de l’aigle, l’aigle des ténors, alors je fais une entorse à mes principes laïcs ; un principe n’est-il pas défini comme ce qui doit recevoir des entorses, sinon à quoi bon en avoir, des principes et des entorses ?

Body and soul, corps et âme. Nous n’en avons pas fini du haut-plateau et de ses sculptures de vent, entailles, entrailles, de ses forêts soudaines et de ses déserts sournois. L’Altiplano des yankees, géographiquement parlant, s’étend de la Cordillera de l’ouest à la Cordillera de l’est, puisque je roule dans cette direction, et il me faudra bien franchir celle-ci pour atteindre le fin du fin, ce qui ne sert à rien, le point d’arrivée. On ne dit pas Cordillera chez ces gens là, Monsieur, on dit Range. Mais la géographie est la même, les tremblements de terre sont semblables, et les éruptions tout aussi volcaniques chez les uns que chez les autres, qu’ont-ils donc à se regarder en chiens de faïence quand ils seront tous balayés par le même cataclysme !

Nous sommes toujours chez les Navajos, d’autres surprises nous y attendent. Tu le sais bien que ce ne sont pas des surprises, tout est soigneusement programmé sauf la magie. Adieu à Eric et John, aux deux philosophes virginiennes, j’allais écrire virginales, aux attrapeurs de rêves et à la petite ville de Page endormie sur son barrage. Si tu as bien compté, tu sais que nous sommes le trentième de juin de l’an deux mil deux, je ne vais pas faire ton travail comptable.