Le désert vivant.

Je vais te faire le coup de je me souviens. Je n’ai pas compris tout de suite, qu’il était encore temps, que j’étais sur place ; aujourd’hui que j’écris l’évidence revient devenue inutile. Je me souviens de ce dont j’aurais dû me souvenir quand j’y étais.

Je me souviens d’un film que j’avais vu étant enfant. Un documentaire. Le genre de pensum où la mère nous traînait pour notre instruction, à l’âge où tout nous dépassait. Trop tôt, probablement, mais nous devions être les meilleurs. Je ne suis pas devenu meilleur, loin s’en faut, mais je me souviens de ce film, quelques passages au moins, quelques images, pour tout bagage, et qui n’étaient pas les plus rigolos. Un enfant se souviendra du combat de l’araignée et du scorpion, des fleurs qui s’ouvrent en accéléré, une image par heure.

Je me souviens surtout, et j’en suis étonné moi-même, du laïus du début avec schémas animés à l’appui montrant comment se forme le désert. Pourquoi ce laïus et pourquoi pas les histoires de renard et de serpents, d’oiseaux et d’insectes ? Vas savoir. Pas de scènes animalières sinon par ci par là, mais une thèse géo-météorologique, voilà ce qui m’encombre le bulbe.

Les nuages poussés par les vents s’écrasent sur les montagnes qui en blanchissent, il pleut sur la forêt et sur Mariposa, et de l’autre côté la terre assoiffée attend son eau confisquée. Je me souviens de la leçon depuis toujours, et pourtant lors de notre descente de ce côté assoiffé je n’y ai pas pensé, tout surpris même de passer sans sommation du séquoia multiplié au stérile cailloutis.

Passés les confins de verdure, j’entrais dans le monde minéral qui me séparait du pavillon de Billancourt. Pour commencer le travail de retour vers soi, nous avons découvert les concrétions de Monolake.

à suivre.