Le fantôme du pantalon.

1°) Fausse route.

Je te vois bien là, dans ton coin, à me jeter la pierre. C’est bien d’un parisien de se la jouer blasé et de faire le dédaigneux devant cet endroit là de cette Sierra là, Nevada sans neige. Ou alors, me croyant sur parole, tu vas penser que ces monts et merveilles ne sont que pièges capitalistes, pompes à touristes ultra-libéraux et mondialisés, les pompes comme les touristes, appâts de mère nature pour gaver de pop-corn l’obèse en short.

Il faut le reconnaître, ton soupçon a de quoi se nourrir et la route encombrée le long du torrent était bien conquise par Mad-Co, Machin Burger et Dégueu King. A force de nourrir les soupçons on en devient obèse.

Tu fais fausse route. Yosemite mérite sa réputation flatteuse et le voyage. J’ai été saisi de ses merveilles, et ce n’est pas en Suisse que je retrouverai les mêmes sensations frissonnantes, certes non, quand je serais capable d’escalader la jeune fille. Pardon, il faut dire Cervin. Mes diapositives en témoignent qui plaisent aux allergiques des soirées diapo, c’est-à-dire tout le monde. Tu devras creuser plus profond pour comprendre et c’est à moi que ce discours s’adresse, et mieux retourner le couteau dans la plaie pour toucher le nerf à vif.

Tu découvriras que je n’ai pas été à la hauteur de l’évènement. Plus lièvre que lièvre j’avais dû prendre du retard sur le catxcat plus lièvre que tortue. La forme qui me ressemblait assise au volant de la machine était déshabitée, et on m’aurait vu dit-on encore à San Francisco ce jour là, les pieds trempés dans l’eau glacée de la plage abandonnée, même plus besoin de remonter le pantalon il est à 400 kilomètres à traverser les montagnes.

Je suis assis sur un rocher luisant comme un ver, le rocher, l’otarie bavarde avachie près de moi, et nous contemplons au loin souffler la baleine, là-bas vers l’Ouest le vrai. Il paraît même que j’aurais retrouvé mon vieux fidèle jaillissant. Tu en penseras ce que tu veux. Puis j’ai glissé mon corps à travers Yosemite et nous nous sommes retrouvés, mon pantalon et moi, juste de l’autre côté de la montagne, au moment où enfin j’ai compris ce que je faisais.

à suivre.