Mariposa est la porte de Yosemite National Park. L’exercice consiste à te raconter joliment la traversée de ce parc. Il regorge de beautés paysagères tout à fait belles, mais si, il en est si redondant que je me dois de l’être, et tout à fait paysagères. Il y a de mystérieuses forêts, d’interminables cascades, d’incroyables surplombs, dominant un cirque sans pareil dominé de sommets majestueux. Il mérite une bonne note à la rédaction d’école primaire sans conteste. Tu vois le tableau, n’est-ce pas ?

Impossible d’être plus beau.

Impossible d’être plus banal. Tu prends une petite vallée de Suisse, tu fais un zoom de huit fois, et te voilà à Yosemite. Je ne sais ce qui m’arrive, je me sens ainsi dans cette traversée de conte de fée. J’en ai prises, des photos, elles sont très réussies et chacun de s’exclamer en les voyant juste avant de s’endormir au diaporama d’Andrem. Mais bon, ce sont des photographies.

Les oiseaux s’ébattent, les écureuils rappliquent, les séquoias grandissent, les nuages font trois petits tours autour des Monts, et les monts se montent le bourrichon. Nous aussi nous montons. Longtemps, longtemps, un point de vue très célèbre impose de monter longtemps sinon à quoi bon être point de vue très célèbre et très signalé, si tu le rates c’est exprès. Le voici, il domine la vallée de son mile en chute libre, et même pas de garde corps pour les enfants qui courent. Tu me diras, mile ou hectomètre, le résultat est le même pour la chute sinon pour la vue.

C’est dimanche. Nous descendons dans la vallée où l’embouteillage des campeurs nous fait respirer l’oxyde de carbone, il était temps après tout cet oxygène ; nous décidons illico de franchir la Sierra Nevada sans suivre le torrent agglutiné, le col pourrait être fermé comme naguère à Beartooth, pour cause de risque de neige qui nous y attendrait de ses douze mille pieds fermes. Nous avons déjà donné. Personne pour nous renseigner, allons-y.

Tu n’en sauras pas davantage sur Yosemite ni moi non plus. C’est une beauté paysagère. Il fallait bien que la fin du monde, que nous avions laissée derrière nous, nous laisse un goût de fin de tout. Nous serions blasés de stupeur et j’aurais peut-être été plus lyrique si j’avais commencé ici. Mais on ne commence jamais par la fin même lorsqu’il s’agit de revenir.

La suite me prouvera que je n’étais pas blasé ; simplement, ma rêverie n’a pas trouvé sa place ici malgré le zoom de huit fois. Le col était sec et dès que nous avons perdu de l’altitude de l’autre côté, le côté ensoleillé du matin, le rêve est remonté dans la voiture.