La corniche sans baleine.

Jusqu’à Monterrey, ainsi, il y a de la vie dans cette fin du monde là. La ville est coquette, paisible, piétonne et polie. J’en ai ce souvenir, de mon bref passage. Il ne sera peut-être pas celui de tout le monde, car Monterrey est cher à commencer par le restaurant du port, ciel l’addition, mais ce sont les risques des prolongations. Promis, c’est fini, il faut maintenant s’enfoncer dans la Californie. Bon, mais sans oublier la boucle de la seventeen miles drive, une sorte de raccourci qui devait nous conduire à Carmel.

Seventeen miles drive. Une petit corniche à péage où, à l’allure d’un escargot, interdiction de dépasser 25 à l’heure, le catxcat serpente au ras des eaux, en observant les otaries et les cachalots. Ce sont plutôt des baleines, à ce qu’on nous a dit, qu’on pouvait en voir tous les jours propices, mais il me fallait un O pour ma phrase. Voilà comment naissent des légendes incroyables et des rumeurs mensongères, pour un O mal placé.

De toutes façons, le jour n’était pas propice et d’animaux marins je n’ai vu que les otaries vautrées, rien qui souffle au large sinon le vent, mais la promenade valait tous les retards sur l’horaire. Points de vue sur points de vue, océan sur gerbes d’écume, ce sont ici les arbres qui se perchent, ni corbeau ni fable ni fontaine, rochers aigus luisants de sueur marine aux formes cubistes et surréalistes, Dali est là, lumière bleue de verre. Vous reprendrez bien un petit bol d’air, va pour le bol d’air, et un dernier pour la route.

Nous avons traversé Carmel. Le prix payé au restaurant de Monterrey a dissuadé ‘Aliénor de boutiquer, le chronomètre en a souri, et quelques dollars de moins. Carmel, oui, dont le maire fut Inspecteur, Impitoyable, et qui, lorsqu’il ne traîne pas sur la route de Madison, va à minuit dans son jardin manichéen. Le Bon, pourrait-on dire. Il n’est plus maire depuis quelques années, pour cause de nouvelles aventures, il le restera pourtant, aussi longtemps qu’existeront le cinéma et le nom de Clint Eastwood.

C’est à Carmel que nous avons vu l’océan Pacifique pour la dernière fois, et que nous avons pris le chemin de l’Est, vraiment.

Traversée de la Californie jusqu’au pied de la Sierra Nevada, rien à signaler. Sinon la nuit tombante sur un bouiboui mexicain indigeste, sinon la recherche nocturne d’un Bed and Breakfast au milieu des séquoias du Papillon. Mariposa-en-Forêt.

à suivre.