L’ultime révérence.

Nous n’allions pas fuir la côte comme des voleurs et laisser l’océan mugir sans lui faire encore une révérence. Nous en voulions pour notre argent en quelque sorte. Tout ce mal et tout ce temps pour être ici sur la plage abandonnée, coquillages ni crustacés qui tiennent, tourner le dos sans quelque salut et quelque détour, pas question. Un manque de savoir vivre très touriste.

Nous allions encore suivre la ligne d’océan tant que temps qui passe restera un peu distrait. Soyons clairs : Los Angeles n’est faite ni pour toi ni pour nous, ses paillettes et ses échangeurs, elle pourrait casser le rêve et réveiller temps qui passe. Deux semaines nous attendent, pas une minute de plus pour remonter à la surface, deux semaines pour rejoindre Denver d’où notre avion décollera à l’heure convenue. Deux semaines.

Il y a bien mille kilomètres jusqu’aux anges, assez pour anéantir toute tentation si la tentation était possible vers ce trou noir là. Nous pouvions chatouiller le diable en en prenant le chemin jusqu’à Monterrey, cent petits miles de Pacifique en plus, cadeau.

Nous y sommes arrivés bien plus tard que prévu, à Monterrey, ce n’était pas l’heure de la collation mais du goûter, nous goûtâmes du poisson sur le port. Etrange respiration, cette route ; il n’y avait plus de falaises comme au Nord, et cette fin du monde se montrait plus accueillante, plus civilisée, comme si San Francisco avait déteint. Les montagnes côtières sont basses et rondes, et les fraises de Californie s’alignent pour nous permettre de les sucrer à loisir. Parfois un éperon rocheux se hausse du col, il barre timidement le paysage et la route le franchit en tranchée. Il s’en va former un petit cap pour se donner un air de côte découpée.

à suivre.