4. - Il nous faut d’abord deux bons kilomètres, de pont sur bras de rivière en pont sur bras de rivière, pour réaliser que nous sommes en train de traverser le Mississipi. Ce n’est pas grave, nous n’avons rien manqué, il reste deux autres kilomètres du même tabac. Je m’obstinerai, jusqu’à la fin, à parler en kilomètres. Évidemment, sur place, il faut bien causer miles et °F, mais ici je me venge et je laisse la victoire au système métrique. Je ne suis pas en train de vous écrire le scénario d’un western spaghetti ou baguette-bérêt, en mettant miles pour faire couleur américaine. D’ailleurs, en fait de miles je n’en connais qu’un seul, avec une aime majuscule et une trompette au bout.

En dessous des ponts, passent des navires ou des oiseaux, les bras sont parfois des lacs, nous ne savons plus où est l’île où est l’eau, ni s’il y a une fin au film. La carte dit que oui ; elle nous donne un précieux avantage sur les fous qui les premiers durent patauger là sous les yeux moqueurs des indiens du coin. Pendant tout le voyage, ils vont nous accompagner, ces fous d’antan et leur drôle de chariot. Leurs fantômes suivent la voiture, accrochés à mes pensées. Les indiens aussi nous accompagneront, mais ils sont bien là en vrai, aujourd’hui ce sont eux qui survivent et nous observent comme autrefois, un peu moins moqueurs cependant.

à suivre