3. - Nous n’y sommes pas encore, sur les routes droites infinies dont je rêvais. Il faut sortir de la civilisation. D’abord, longer le lac vers le Nord. La banlieue chic de Chicago dure environ 80 km, petite banlieue, avec grosses maisons comme au cinéma et jetées privées pour de modestes paquebots ; elle fait place en quittant l’Illinois pour le Wisconsin à des industries désaffectées ou vétustes, dont le seul avantage à mes yeux est qu’elle pollue l’eau de baignade des banlieues chics, si les courants en sont capables. Petite vengeance mesquine.

Vous prenez Racine et là, vous tournez à gauche, forcément sur la route de Madison ; vous faites comme si, au milieu des cottages et des collines grasses, l’Angleterre avait oublié de s’en aller. Peu à peu, sans y prendre garde, les cottages grandissent, et les distances entre eux. Parfois une forêt d’arbres indéterminés s’interpose et nous enveloppe de son silence, troublé par les gigantesques camions. Je n’y connais rien en arbres, et ceux-ci encore moins.

Mon énorme 4x4, je le croyais énorme jusqu’au premier camion qui m’a doublé, a rétréci petit à petit, et n’a pris sa taille définitive de petit engin fragile qu’à la traversée du Mississipi, encore près de sa source : nous sommes enfin à la bonne échelle, et le voyage peut commencer.

(à suivre)